Ce billet est garanti sans spoilers.

Le hasard de mon calendrier séristique ultra désordonné a voulu que Bomb Girls soit la première série dont je parlerai ici. J’achève tout juste la première saison de cette série canadienne qui faisait frétiller mes neurones de par son genre, son pitch et son pays d’origine. Y avait du bon en perspective !

Bomb Girls se passe donc au Canada et raconte l’histoire d’un groupe de femmes travaillant dans une usine de bombes durant la Seconde Guerre mondiale. Les hommes sont partis au front et elles participent à l’effort de guerre en fournissant les bombes qui aideront leurs frères, leurs maris et leurs fils à gagner le combat. La fabrication de bombes est évidemment un travail extrêmement dangereux puisque la moindre étincelle pourrait tout faire exploser. On se rendra d’ailleurs vite compte que l’explosion n’est pas le seul danger que l'usine cache. Donc voilà, vous avez à peu près le cadre de la série.

La Deuxième Guerre mondiale est une période de l’Histoire qui m’a toujours beaucoup intéressé. On connaît tous beaucoup d’œuvres sur le sujet, mais elles sont souvent centrées sur l’Europe. Normal, vous me direz, c’est quand même sur ce continent que se déroulaient les évènements les plus marquants. Mais un point de vue canadien, c’était absolument inédit pour moi et cette histoire d’usine à bombes m’a tout de suite emballé. Quelles étaient leurs conditions de travail, leur état d’esprit, leurs motivations, bref, leurs vies ?

 

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Commençons d'abord par présenter un peu ces personnages. On peut pas dire qu'ils soient très originaux pour le coup. On a déjà tous vu ces personnages, même s’ils ne portent pas les mêmes noms et ne vivent pas à la même époque. Il y a d’abord Lorna qui incarne l’ouvrière en chef, si on peut dire, une femme sévère et froide d’apparence, mais qui vous arracherait la tête pour sauver une de ses “filles”. Ensuite vient Gladys, fille de famille aisée qui veut soutenir les soldats en travaillant à l’usine et cela déplaît fortement à ses parents, histoire de réputation, tout ça, tout ça. La douce et innocente Kate à la voix d’ange qui fuit son père violent et trouve ce travail pour démarrer une nouvelle vie. Betty, jeune femme forte, indépendante et libérée, du moins, en apparence et enfin Vera, la beauté de la bande qui le sait et en joue. Je passerai sur les autres personnages, vous avez les plus importants.

Bomb Girls débute par un pilote plutôt très réussi qui installe une belle ambiance et expose bien les enjeux du travail de ces femmes. La scène finale est d’une grande intensité dramatique et nous prépare au meilleur. Ce pilote pose aussi les bases de réflexions intéressantes, notamment sur l'avenir de ces femmes une fois que les hommes seront rentrés et n'auront plus besoin d'elles. Il aborde également à travers le personnage de Marco les difficultés que rencontrent les hommes originaires des pays ennemis qui vivent au Canada depuis toujours. On ressent la pression de la guerre et on comprend que derrière chaque instrument de travail se cache un risque énorme pour les ouvrières. Bref, un tas d'éléments qui m'ont tout de suite emballé. Les actrices sont douées, les personnages sont sympathiques, la musique est d'époque, le style vestimentaire l'est évidemment aussi et un vent de révolte féminine souffle sur la ville. Franchement, ça donne envie, non ?

Je ne pouvais pas imaginer que la série puisse être mauvaise, et pourtant... on en est pas loin. 

J’ignore si ça vient du peu d’épisodes pour cette première saison (six) ou si les scénaristes ont réellement fait ce qu'ils souhaitaient faire, mais le résultat est fade. Très, très fade. La série n’approfondit rien, mais alors, rien du tout, ça reste d’une superficialité à toute épreuve, et du coup, rien ou presque ne nous touche. C’est comme si les scénaristes nous donnaient le titre d’un chapitre avec une ou deux phrases d’accroche prometteuses et s’arrêtaient là. Ils sont venus piétiner de superbes rosiers qui étaient sur le point de fleurir. Ils m'ont piqué mon paquet de bonbons et l'ont remplacé par une bouteille d'huile de foie de morue. Ils ont fait comme cette vieille dame espagnole qui a refait le portrait de Jésus pour le transformer en Rafiki. (J'aime bien les métaphores.) C’est extrêmement frustrant et très énervant.

Les histoires de Gladys et de Lorna, par exemple, sont vues et revues et tombent souvent dans le cliché et le soap. Du mauvais soap, pas du soap jubilatoire comme certaines séries savent le faire. C’est tellement facile qu'on se dit que n’importe qui ayant regardé un minimum de films et de séries pourrait écrire la même chose. L’histoire de Kate, elle, est à peine développée. C’est juste la jeune fille innocente de la campagne qui débarque en ville. A croire que les scénaristes ont fait une rapide description des personnages sur un post-it et s’en sont contentés. Et Vera… il y avait de quoi faire quelque chose de magnifique là aussi… On nous a appâté avec le pilote et on a de très belles scènes la concernant dans le season finale, mais entre-temps, les auteurs ont raté le coche et n’ont fait qu’effleurer le sujet en nous montrant ce qui n’avait pas besoin d’être montré et rien d'autre. Et ce manque de profondeur est de partout dans Bomb Girls. On le retrouve dans les histoires d'amour, dans les histoires d'amitiés, dans les conséquences de certains drames, dans les relations parents/enfants, dans le traitement de la guerre et j'en passe. De partout. Donc, au bout d'un moment, ça agace.

Le seul personnage à être travaillé, c’est Betty. Elle m’a beaucoup touché dans toutes ses scènes, surtout grâce à Ali Liebert qui est assez fantastique. Les auteurs lui ont donné de quoi montrer son talent. Bon, ce n’est pas non plus un personnage ultracomplexe, mais elle au moins ne semble pas sortie tout droit d’un téléfilm allemand des après-midi d’M6.

L’autre source de déception, c’est que je me suis vite rendu compte que cette usine et le contexte de guerre n’étaient que des prétextes. Envolées, les problématiques intéressantes repérées dans le pilote. Il n'est question que d'histoires d'amour et de drames familiaux aussi réchauffés qu'un plat Picard passé au micro-ondes. Je ne sais pas à quoi je m’attendais vraiment, mais j’espérais quelque chose de plus creusé. La série a effectué un beau départ et s'est tordue les deux chevilles à peine la course commencée.

 

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Bon, ceci dit, j’ai l’air d’avoir détesté comme ça, mais c’est surtout la déception qui parle. Il faut dire que je n’ai pas pu m’empêcher de comparer la série à Call the Midwife, petit bijou britannique, et Bomb Girls ne fait tout simplement pas le poids. J’ai l’impression d’être plus sévère que je ne souhaitais l’être, car même si c’est bourré de clichés et superficiel, on ne peut que s’attacher à ces filles et je me dis que, peut-être, les scénaristes feront mieux en douze épisodes (la deuxième saison sera plus longue), que peut-être, il y aura des changements au sein de l’équipe, et que, peut-être, la saison deux sera moins futile. Je n’ai donc pas tout à fait abandonné la série et le deuxième season premiere sera déterminant.

L’étincelle sera peut-être au rendez-vous cette fois.