Même si je ne peux pas me qualifier de cinéphile, m’installer devant un film est quelque chose que j’apprécie presque autant que de m’installer devant une série. Ça vient par vagues, en fait. Cet hiver, je me suis lancé dans le cinéma scandinave et j’ai découvert un réalisateur norvégien très talentueux, Joachim Trier. J’ai commencé par Reprise qui ma beaucoup plu et j’ai enchainé avec son deuxième film, Oslo, 31. august, qui m’a complètement retourné et qui reste pour le moment mon film préféré sorti cette année. Son acteur fétiche semble être Anders Danielsen Lie puisqu’il tient un rôle principal dans ses deux films, et je peux vous dire qu’il est à la hauteur du réalisateur. J’en suis devenu ultra fan et j’ai bien évidemment scruté sa filmographie qui n'est pas bien épaisse, il faut le dire. Sur le moment, j’ai quand même noté qu’il avait joué dans une minisérie norvégienne, Koselig Med Peis, mais j’étais persuadé de ne jamais avoir l’occasion de la voir et j’ai fini par plus ou moins oublier son existence. Quelques mois plus tard, la formidable ladyteruki m’a permis de découvrir le pilote. Bien sûr, comme je suis ingrat et que j’ai les neurones d’un poulet, j’ai attendu des semaines et des semaines avant de le regarder. Mais cette nuit, je l’ai enfin lancé.

 

Ce billet contient quelques légers spoilers sur le pilote de la série.

 

Koselig Med Peis

 

J’ai toujours eu un gros faible pour les séries traitant de la famille. Enfin, pas toutes, j’ai mes limites, elles sont au nombre de 7 (du moins, au début) et elles s’appellent Camden. Mais sinon, j’ai tendance à aimer ces séries-là, qu’elles soient plus légères comme Brothers & Sisters et Parenthood ou plus sombres comme Six Feet Under et Apparences. Koselig Med Peis n’est clairement pas à classer dans la première catégorie.

Georg fréquente une jolie blonde qui pourrait bien devenir une star de la chanson. Une dispute éclate et il décide d’aller voir sa famille avec son fils le temps que ça se calme. Seulement voilà, ce fils n’est pas encore né, il est encore dans le ventre de sa mère. Oui, c’est assez étrange au départ, je me suis demandé si je n’avais pas halluciné cet enfant blond à l’arrière de la voiture, ou s'il se cachait simplement sous les sièges, mais non, il n'existait simplement pas. En fait, ce petit représente plus ou moins la paternité dont rêve Georg. Il lui a donné un prénom et s’imagine déjà nouer une relation forte avec lui.

Cette relation fantasmée par le héros cache en fait une blessure profonde liée à sa propre relation avec son père. C’est quand on rencontre son frère Terje et sa mère - qui a viré de bord et vit désormais avec une femme - que l’on comprend que c’est une famille brisée. Les relations des deux frères avec leur père sont visiblement catastrophiques, remplies d’amour gâché, de peur et de déception. Si les deux frères semblent autant souffrir l’un que l’autre de cette situation, ils ne l’extériorisent pas du tout de la même façon. Georg est dans la volonté d’arranger les choses, il est rempli d’espoir, et c’est en grande partie dû au fait que lui aussi va devenir père. Il a besoin de construire ce lien et de connaitre son père pour amorcer sa propre paternité sur des bases saines. C’est une quête d’identité avant tout. Terje, lui, est dans la colère et le déni. On voit qu’il souffre, qu’il est détruit, mais en apparence, il tente de le cacher, refuse tout contact avec son père et ne veut plus jamais entendre parler de lui. Cette différence dans leurs réactions respectives vient probablement en partie du fait que Georg est allé faire sa vie ailleurs, alors que Terje semble être resté. La distance, même si elle n’efface rien, permet de repousser le passé, et à défaut de guérir les blessures, elle permet de les soulager. Du moins, pour un temps. Loin des yeux, loin du cœur, dit-on... Le problème, c’est que ça finit toujours par remonter d’une façon ou d’une autre, et ici, c’est la future paternité de Georg qui va tout faire basculer.

C’est quand Georg entre dans la maison de son père qu'on prend conscience de l'ampleur de la situation. On étouffe, il fait sombre, la télé marche à fond et personne ne la regarde, c'est vieillot, c’est sale et en désordre. Ce n’est pas une série d’épouvante, et pourtant, j’en menais vraiment pas large. Ce lieu est tellement bourré d’énergie négative que l’angoisse monte même chez le téléspectateur. On se demande ce qui a pu se passer dans cette maison et comment ils en sont arrivés là. On entre dans un cauchemar, celui de Georg et de sa famille.

 

Koselig Med Peis2

 

Et si je vous disais que cette scène n’était pourtant pas la plus intense de l’épisode ?

Un peu plus tard, les deux frères se retrouvent dans cette même maison pendant l’absence de leur père, ils se remémorent ensemble certains souvenirs de leur enfance, ils s’amusent devant les photos cochonnes de Georg et leurs vieux jouets. On ressent un lien puissant entre les deux frères, un esprit fraternel pur et extrêmement touchant. La réalisation se débrouille pour calquer des scènes du passé sur les scènes du présent et réussit encore une fois à nous faire ressentir tout un tas d’émotions jusqu’au bouquet final, quand ils entendent la porte d’entrée claquer et que leurs regards se figent. Qu’ils soient enfants ou adultes, ils ont gardé la même expression, la peur les paralyse, leurs muscles se tendent, la fausse détente est terminée, leur père est rentré à la maison. C’est durant cette scène que j’ai su qu’on tenait là une série formidable.

Le problème, c'est que malgré cette tension insoutenable entre eux, leur père ne peut plus vivre seul et Georg va devoir s’occuper de lui. L’autre problème, c’est que son père n’a vraiment aucune envie de voir son fils et le lui fait clairement savoir sans manquer de le rabaisser en lui disant qu’il a raté tout ce qu’il a entrepris dans sa vie. En vérité, aucun des deux n’a envie d’avoir l’autre dans les pattes, mais tandis que Georg fait encore preuve d’une volonté de fer d’arranger les choses, son père se montre beaucoup plus abrupt et blessant. Je ne sais vraiment pas comment fait Georg, je crois qu’à sa place, je ne serais jamais revenu dans cette affreuse maison. Faire l’autruche est moins sage, mais tellement plus sécurisant. Et malgré les paroles de son père, malgré la réaction de son frère, malgré l’appréhension, il veut rester et remplir son devoir de fils. Si je me retrouve plus facilement en observant la réaction de Terje, j’admire profondément Georg. J’ignore si c’est du courage ou un acte de désespoir, mais c’est extrêmement fort.

Le pilote s’achève sur une autre scène terrible dont je ne vous dévoilerai rien au cas où certains seraient intéressés, mais là encore, la série frappe fort et n’épargne rien à notre protagoniste.

En plus des liens difficiles entre un père et ses fils, les auteurs semblent vouloir traiter d'un tas d'autres sujets tout aussi prenants. Que ce soit pour Terje ou Georg, la série nous montre les dégâts que peuvent causer de tels conflits sur l'avenir sentimental et familial des enfants. On voit Georg qui semble vouloir surcompenser et devenir fusionnel avec son enfant. Bon, j'avoue que ça, c'est pas vraiment explicite et je me trompe peut-être, mais c'est l'impression que j'ai eue. Et Terje qui, au contraire, ne veut pas entendre parler d'enfants. Il a des mots très durs, même, à ce propos. Il considère que les gènes de la famille ne devraient pas perdurer. Des mots simples d'une violence inouïe. La série semble aborder aussi le thème de la maladie mentale et du risque de la transmettre à ses enfants. C'est quelque chose qui terrifie Georg, et on peut le comprendre. Je n'ai pas encore bien saisi la portée de cette intrigue, vu qu'on en parle que très rapidement dans le pilote, mais ça s'annonce passionnant. J'imagine aussi que, par la suite, la relation des frères avec leur mère, voire leur belle-mère, sera développée. Je l'espère. L'histoire de cette mère de famille qui a probablement vécu l'enfer également et qui s'est mise avec une femme a tout pour devenir intéressante.

Bref, je veux voir la suite, il faut que je me procure les DVD de Koselig Med Peis. C’est vraiment trop prometteur pour s’arrêter au pilote.