On continue notre petit tour des pilotes des nouveaux dramas US de la rentrée. Et aujourd’hui, c’est The Mob Doctor que je m’apprête à ausculter. Oui, bon, le jeu de mots est naze, mais on fait ce qu’on peut avec ce qu’on nous donne.

Themobdoctor

Déjà, qu’est-ce que c’est que ce nom ? J’imagine déjà les types en train de discuter. “J’ai eu l’idée du siècle, on a un médecin (doctor) qui bosse pour la mafia (mob), ça va s’appeler The Mob Doctor !” J’ai un pitch de série qui me trotte dans la tête depuis un petit moment déjà, mais je bloquais vraiment sur le nom. Cette série vient de me sauver la vie, je vais appeler la mienne “Le Pizzaïolo Proxénète”. Comme c’est pas très clair, disons que ça va parler d’un pizzaïolo proxénète. Oui, je sais, je sais, on n’aurait pas dit comme ça, mais c’est la vérité. Bon, du coup, je ne vais pas vous insulter en vous résumant le pitch de The Mob Doctor, il n’y a aucune surprise en vue, c’est exactement ce que vous pensez.

Je n’ai pas autant détesté ce pilote que celui de Revolution, mais c’est quand même pas brillant du tout du tout, le concept de la série étant en fait une fausse bonne idée. A vouloir jouer sur les deux tableaux, ils ont fini par un peu tout rater. Du côté de l’hôpital, déjà, il y a tout ce que je déteste dans les séries actuelles. Ils ne peuvent rien faire sans leurs super gadgets méga-tactiles révolutionnaires. C’est froid, sans âmes, stérile et du coup, repoussant. On est bien loin de la chaleur du Cook County Hospital de ER. Les cas médicaux sont sans intérêt, puisqu’à cause du concept de la série, ils ne sont ni développés ni à développer. Notre héroïne règle ça à coups de métaphores Star Warsiennes et d’ours en peluche. Du côté de la mafia, c’est à peine plus intéressant et tout aussi peu développé. Il y a un vilain méchant et un gentil méchant, ils ont des armes et ils font peur. L’héroïne a une dette envers le vilain méchant et va devoir faire des trucs par très réglos à l’hôpital pour se racheter. Elle va devoir aussi, entre autres, enlever des tournevis du crâne de gangsters aussi charismatiques que des paninis trois fromages. Bref, j’aimerais aller plus dans le détail, mais en vérité, y a pas grand-chose d’autre à dire.

Évidemment, notre héroïne est extrêmement douée. J’aime beaucoup observer les personnages qui semblent être les meilleurs dans leur domaine, mais il faut que l’écriture suive. Là, Grace (oui, c’est son prénom) est juste pas très sympathique. Elle ne doute de rien, n’hésite pas à faire chanter le grand chef du service et à mettre ses collègues devant le fait accompli. Ça pourrait fonctionner si les auteurs ne cherchaient pas à tout prix à nous faire aimer le personnage, comme s’ils tentaient à chaque fois de justifier son comportement. Non, certains de ses agissements sont clairement condamnables, lui trouver des excuses et la rendre toute gentille et jolie ne fait que nous agacer davantage. Il aurait fallu qu’ils assument l’orgueil dont elle fait preuve, au lieu de nous obliger à trouver ça normal. Le grand chef se laisse donc aisément marcher sur les pieds, parce que c’est la meilleure et lui-même ne lui arrive pas à la cheville. Rendez-vous compte, elle va procéder à une opération jamais faite dans cet hôpital et elle est la seule à pouvoir la faire. Alors, inclinez-vous ! Le pire, je crois, c’est qu’il me semble qu’elle n’est même pas titulaire.

TheMobDoctor2

Les personnages secondaires, eux, ont l’air d’être aussi épais que Keira Knightley le ventre vide (son état naturel, donc). Ils sont soit gentils soit méchants. Les méchants étant évidemment toujours en tort face à Grace. Comment ne pas donner raison à l’héroïne face à ce personnage ignoble qu’est le Dr Flanigan. C’est impossible et c’est très énervant. Ma préférence irait vers le Dr Olivia Watson. Déjà parce qu’elle déteste Grace et ensuite, parce que pour une fois, les scénaristes n’essaient pas (enfin, pas trop) d’orienter notre avis sur le personnage. Ils nous laissent même entendre à un moment qu’elle aurait raison de s’en prendre à Grace. Incroyable ! Je pense franchement qu’on tient là un bon personnage secondaire. Dommage qu’il n’y ait qu’elle. Pourtant, parmi les acteurs incarnant les personnages secondaires, il y a Zeljko Ivaneck et Zach Gilford... Cette série n’est qu’un énorme gâchis de talents. Pourquoi diable sont-ils allés s’embarquer là-dedans ? On ne leur propose rien d'autre ? Je comprends, la perspective d’un boulot stable, tout ça. Mais là, la série ne survivra pas à l’automne, alors pour la stabilité, on repassera.

En résumé, ce pilote nage dans la superficialité. En essayant de trop en faire, elle finit par ne rien faire du tout et nous balance quelques clichés mafieux enrobés de clichés médicaux. Vu le pitch, il y avait de quoi créer un univers où le bien et le mal allaient se confondre créant ainsi des situations impossibles, mais au lieu de ça, la série tombe et se complait dans un manichéisme insolent, que ce soit à l’hôpital ou dans la “mafia”. Et comble du désespoir, on comprend également que ce qui semblait être une série feuilletonante risque fort de se transformer en grande partie en formula show.

Dommage que Grace n’ait pas saisi l’occasion de s’enfuir très loin quand on le lui a proposé.