Je devais pas être bien vieux, sept-huit ans tout au plus, mais le jeudi soir, c’était ma grande aventure à moi, mon grand frisson. Je désobéissais de façon insolente à mes parents en me faufilant devant M6 à des heures incroyablement tardives pour mon âge. J’arrivais déjà pas à dormir à cet âge-là, de toute façon, donc autant trouver un moyen de m’occuper les neurones. Mais le jeudi soir, c’était pas un soir comme les autres, y avait Les Contes de la Crypte. Les Chair de Poule, ça allait un moment, je les connaissais par cœur et il me fallait autre chose, il me fallait du concret. Donc j’attendais les épisodes du soir comme certains attendent le Messie. Je vous dis pas les moments de stress quand ma vieille antenne d’intérieur pourrie refusait de me laisser capter M6.

Autant vous dire qu’après deux épisodes des Contes de la Crypte, j’avais encore moins envie de dormir. Souvent complètement terrifié, parfois juste choqué par le twist final, certains épisodes ont laissé une marque indélébile dans mon esprit. Bon, j’avoue que souvent, je devais probablement rien comprendre à l’épisode, jeunesse oblige, mais rien que le générique emballait mon rythme cardiaque et nourrissait quelques-uns de mes cauchemars. Franchement, je préférais flipper devant la télé, plutôt que de m’angoisser à cause de mes insomnies. Là au moins, j’avais une vraie raison de ne pas trouver le sommeil, je pouvais mettre le doigt sur le truc qui clochait. Bref, je m’égare, mon éternel problème avec le sommeil n’est pas du tout le sujet de ce billet.

contedelacrypte

Quelques années plus tard, c’est encore grâce à M6 que j’ai connu de nouveaux frissons. C’était pas le même genre de peur, c’était plus profond, plus subtil et c’était devant The Twilight Zone. La version de 2002 évidemment, je n’avais déjà pas de Tardis à l’époque. Il faudra attendre 2010 pour que je me procure, non pas un Tardis, mais l’intégrale de la série originale de Rod Serling. C’est d’ailleurs en regardant la version la plus récente que j’ai appris ce qu’était une série d’anthologie. Un genre dont je raffolais sans le savoir. Des épisodes courts racontant à chaque fois une histoire différente avec, bien souvent, un twist à vous couper le sifflet. Ces histoires pouvaient être de genres différents, mais l’épouvante et la science-fiction régnaient en maitres.

Malheureusement pour moi, ce genre a fini par presque disparaitre de la surface de la télé. On connait plus ou moins tous Les Contes de la Crypte, The Twilight Zone, ou encore Alfred Hitchcock Presents, mais toutes ces séries commencent quand même à dater. Il y a bien eu Black Mirror, l’année passée, qui était plutôt réussie, le premier épisode est absolument génial et aurait eu toute sa place dans une saison de The Twilight Zone, mais au final, ça ne correspondait pas vraiment à ce que je cherchais, le dernier épisode étant particulièrement long et décevant.  Vous n’imaginez donc pas ma surprise quand je suis tombé sur le pilote de The Unknown. Diffusée sur la plate-forme vidéo Crackle cette année, la série est décrite comme étant une série d'anthologie explorant les phénomènes inexpliqués. Un mélange d’horreur et de thriller. Tout ce dont je rêvais. J’ai donc presque directement lancé l’épisode.

the unknown

Déjà, première surprise, il y a Dominic Monaghan qui joue un peu le rôle que tenaient Rod Serling et Forest Whitaker dans les Twilight Zone. C’est le “narrateur”, celui qui fait le lien entre les différentes histoires. Monaghan est apparemment également à la production. Deuxième surprise, je reconnais l’acteur qui interprète le rôle principal du premier épisode. Il a pris 15 ans dans la tête et a une moustache affreuse, mais c’est bien Brian Krause, le Léo de Charmed. La suite est cependant moins surprenante…

Alors, ne vous méprenez pas, j’ai adoré, l’ambiance m’a tout de suite plu, j’ai eu l’impression de retourner plusieurs années en arrière et de retrouver l’excitation que je ressentais devant les séries que j’ai citées précédemment. On est dans de la pure anthologie traditionnelle, les codes sont les mêmes, les intentions sont les mêmes, et franchement, je m’en plains pas, c’est justement ce que je demandais. Le problème, c’est l’histoire du premier épisode. On a l’impression de l’avoir vu des dizaines de fois. Alors, c’est peut-être justement parce que je suis trop familier de ce genre, je connais ses mécanismes et ses astuces, mais il n’empêche que la fin de l’épisode est extrêmement prévisible dès le début. Je sais que pour la majorité des gens, ce problème serait rédhibitoire. Ça a tendance à l’être pour moi aussi, mais là, ça a quand même fonctionné. Peut-être est-ce par nostalgie, ou parce que j’étais dans de bonnes conditions, mais le résultat est là, j’ai envie de voir les autres. Une preuve que, parfois, la fin n’est pas une fin en soit, les moyens sont tout aussi importants. Je ne vais pas dire que la série est géniale, je mentirais, elle arrive loin derrière ses grandes soeurs, mais ça n’empêche pas de passer un très bon moment, surtout si on est un amateur du genre. Quand je lance une série, je ne suis pas toujours à la recherche du génie, une série moyenne qui sait appuyer sur les bons boutons est tout aussi importante pour moi.

Une partie du charme de ces séries repose également sur les guests. Ce genre est parfait pour ça, et parfois, les invités sont prestigieux. Y a pas à dire, le sériphile aime retrouver les têtes qu’il connait dans des rôles inattendus. Dans The Twilight Zone de 2002, la liste des guests est impressionnante, Dylan Walsh, Katherine Heigl, Jeremy Piven, Greg Germann,  Portia de Rossi, Adrian Pasdar, Cloris Leachman, Rob Estes, et j’en passe. Dans la version de 85, on pouvait trouver aussi Bruce Willis, Morgan Freeman, ou encore Helen Mirren. Franchement, qu’un acteur soit bon ou non, l’apparition d’un guest connu dans une série d’anthologie est toujours un mini-évènement. Je ne me fais pas trop d’illusion ici, vu la portée de la série, mais quand même, peut-être que j’aurai d’autres surprises. Brian Krause n’a quasi rien fait depuis bien longtemps, mais ça m’a fait plaisir de le retrouver. Même si Charmed n'est vraiment pas la série du siècle, elle a marqué ma jeunesse et le début de ma sériphilie. Ça joue beaucoup, dans ce genre de séries, elles sont aussi faites pour ça.

En résumé, à très bientôt pour les cinq autres épisodes, The Unknown, et même si tu n’es pas très originale, merci d’exister.