Les familles dysfonctionnelles à la télé, c’est toujours quelque chose que j’apprécie particulièrement. C’est pas un hasard si Brothers & Sisters, Apparences, Six Feet Under ou encore Shameless US sont à l’origine de mes plus beaux souvenirs sériphiliens. Je ne sais pas trop d’où ça vient, j’imagine que certains sujets nous touchent plus que d’autres et pour moi, celui-ci fait souvent mouche. Il était donc naturel, même essentiel (oui, oui) que je me penche sur A Moody Christmas.

 

Bannière

 

C’est un concept assez original que nous propose cette nouvelle série australienne puisque chaque épisode nous montrera un Noël de la famille Moody, et à chaque fois, un an se sera écoulé. On éclipse donc visuellement tout ce qui se passe entre-temps et on ne pourra connaître les personnages qu’à travers ces repas de Noël. C’est un pari risqué, de mon point de vue. J’aime bien avoir le temps d’observer les personnages, leurs qualités, leurs défauts, leurs relations avec les autres, leur évolution. J’ai besoin de ça, la plupart du temps, pour m’attacher à eux. J’ai rarement le coup de foudre si on peut dire. Le fait que ce soit figé sur une période précise et qu’on ait des ellipses aussi importantes à chaque fois, je dois avouer que ça me faisait un peu peur.

Mais comme je l’ai dit, j’aime les histoires de familles cinglées, et franchement, c’est souvent à Noël qu’elles le sont le plus. On imagine les dérapages possibles alimentés par l’alcool et l’ambiance si particulière qui règne dans ce genre de repas. Les rancœurs, les vieux conflits, les jalousies, tout ça ressurgit et peut donner de formidables explosions. On attend que ça, en fait. Vous avez déjà vu le film Festen ? C’est le repas de famille qui tourne mal à son paroxysme. Je vous recommande très vivement ce film, même si je m’égare et que je vais vite revenir à mon sujet.

Donc, nous voilà arrivés à Sydney pour Noël. Pas de bonnets, d’écharpes ou de neige en vue, parce que oui, c’est l’été en Australie. Pas facile de se mettre dans l’ambiance de Noël pour nous autres, Européens. Du moins, pour moi en tout cas.  Entendre des chants de Noël et des “Joyeuses fêtes” alors que les gens se dandinent au soleil en t-shirt et en tongs, c’est étrange. Et encore, ça, c’est rien. Quand le patriarche est heureux d’annoncer que, l'année suivante, ils auront une piscine et ne crèveront plus de chaud pour Noël, on entre carrément dans un épisode de The Twilight Zone. On a plus l'impression d'assister à un barbecue familial à la The Slap et ça m'a un peu gêné pour entrer dans le contexte. C'est un détail stupide, mais mine de rien, ça a son importance.

 

tongs

 

L’épisode s’ouvre donc sur Dan, notre personnage principal. Photographe et parti vivre en Angleterre, il s’envole pour Sydney afin d'y célébrer Noël. Sans trop vous en dévoiler, disons juste que, dès le départ, ce séjour s’annonce un peu tout pourri. 24 heures d’avion plus tard, Dan arrive dans la maison familiale. On fait la connaissance de ses parents et de son frère. On découvre cette maison familiale et son cadre qui respire la tradition et la tranquillité, même si on se doute que ça ne va pas durer. Puis au fur et à mesure que l'épisode avance, on rencontre d'autres personnages. Beaucoup d'autres personnages... Et c’est là que la série devient un peu brouillonne à mon goût.

On nous présente une petite dizaine de personnages d’un coup. Résultat, à part deux ou trois, je ne savais toujours pas qui était qui à la fin de l’épisode. J’ai donc supposé tout au long des 30 minutes que dure l’épisode qu’il s’agissait d’oncles, de tantes et de cousins. Le système JSPDJ (Je-Sais-Pas-Donc-J’invente). C’est super pratique ! Faut dire qu’on a un peu les cas typiques de l’oncle pervers, du beau-frère lourd, du cousin beauf, de la tante bizarre et j’en passe. Dans ma tête, c’était plus simple de faire comme ça. En tout cas, la sœur qui répète toutes les cinq minutes qu’elle est enceinte et qui gonfle tout le monde avec ça, je l’ai bien repérée et je l’ai trouvée très drôle. Surtout quand elle apprend la nouvelle à sa famille, ça donne une scène très cocasse que je vous laisserai découvrir. Le frère vaut son pesant de cacahuètes, lui aussi. Une sorte de Tanguy qui n’arrive pas vraiment à grandir et entraine son frère dans des plans plus que douteux.

Dan apparait donc plus que normal, parmi toutes ces personnalités… colorées. Il y a même une scène durant le repas où j’ai véritablement souffert pour lui. Presque toute sa famille, surtout son père, se montre sans pitié avec lui et se moque durement d’un souvenir visiblement douloureux pour notre jeune photographe. Mais tout ça est traité avec beaucoup d’humour. Il y a des tas de “running gags” plutôt réussis et des petits personnages qui pointent leur nez juste le temps de dire un truc marrant. Là où c’est moins réussi et un peu trop déjà vu pour le moment, c’est toutes les scènes entre Dan et Cora. Cora, c’est la copine d’un des présumés cousins. Mais voyez-vous, elle est normale elle aussi. Donc du coup, le courant passe, ils se plaisent clairement et nous, eh bien, on s’ennuie un peu.

Voilà, moi aussi je vous embrouille avec tous ces personnages, c’est vraiment pas simple de s’y retrouver. C’est le principal défaut de ce pilote, selon moi. Ça m’étonnerait pas qu’il s’estompe au fur et à mesure que les épisodes arrivent, mais pour le moment, c’est embêtant. Ceci dit, ce défaut est vraiment atténué par le nombre de bonnes idées que contient cet épisode. Ma crainte concernant mon attachement aux personnages s’est complètement envolée. Alors bien sûr, le lien sera moins fort, mais en une seule journée, la galerie des personnages qui nous est proposée m’est apparue très prometteuse, malgré le sentiment de confusion générale qui se dégage de l'épisode. Cette ellipse va être quelque chose de curieux à vivre. J’imagine déjà la sœur s’arracher les cheveux avec son bambin qui sera, à coup sûr, absolument insupportable.

 

1245_1_mood_90

 

On devient nous aussi un membre de la famille, en fait. On est le cousin européen qui ne revient au pays qu'une fois par an et découvre ainsi ce que sont devenus les autres entre-temps. C'est une expérience assez intéressante. La suite seule pourra nous dire si ce concept était une bonne idée.

Dans tous les cas, ce dîner de Noël a vraiment un goût de reviens-y et je vais pas me priver de découvrir le suivant. Il y a une marge de progression potentielle importante, tout est un peu trop fouillis, que ce soit les personnages comme je l'ai dit plus haut ou le rythme de l'épisode qui se perd parfois dans un petit brouhaha sans queue ni tête. Mais la base est solide, elle est solide et sacrément bonne surtout. Si la série gagne un minimum de structure par la suite, ça risque de devenir formidable.

Oserais-je dire que ça peut devenir un vrai coup de coeur ? Oui, allez, j'ose, en espérant ne pas me porter la poisse.