Ça fait un sacré bail que je n’ai rien écrit. C’est pas par manque de temps ni par manque d’envie, c’est juste que rien ne m’a inspiré , ou alors, je préférais en voir plus avant d’en dire quoi que ce soit. Et puis, en ce moment, je rattrape le retard que j’ai accumulé un peu de partout. Par exemple, la semaine dernière, je me suis regardé la première saison de Puberty Blues diffusée cet été en Australie. Un épisode par soir pendant huit jours, une prescription comme j’aimerais en avoir plus souvent. Ça a un goût vachement moins dégueu que les antibio habituels.

 

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Puberty Blues raconte l’histoire de deux jeunes ados inséparables, Debbie et Sue, qui rêvent d’intégrer une bande de surfeurs à la fin des années 70. Je n’ai pas lu le livre et je n’ai pas vu son adaptation cinématographique, donc je suis arrivé devant la série sans aucun point de repère. Je m’attendais juste à ce que la série soit plus trash et honnête que les teen shows habituels.

Lorsqu’on lance Puberty Blues, on est tout de suite plongés dans l’ambiance cool et ensoleillée de l’Australie de l'époque. Les jeunes surfent, la bouclette blonde au vent, les parents font des parties de strip poker sans aucun complexe, les voix de David Bowie, d’Olivia Newton-John et de Minnie Riperton résonnent dans les salons et dans l’intimité des chambres. Mais on a directement l’impression que c’est trop beau et calme pour être vrai. On ressent un malaise très vite alors qu’il ne se passe vraiment rien de désagréable. Puis la série avance, et on commence à comprendre. C’est un peu comme croquer dans une magnifique pomme et tomber sur un gros ver.

Cette bande de surfeurs n’est pas qu’une simple bande. C’est presque une secte. Les garçons sont les rois, les gourous. Les filles sont de simples objets et se soumettent à un planning sans âme et franchement glaçant. Il faut être une petite amie exemplaire. Il faut attendre son Jules sur la plage pendant qu’il surfe, même si ça veut dire attendre des heures à le fixer et lui faire des signes de la main. Il faut être sa servante et veiller à ce qu’il ait bien son déjeuner en sortant de l’eau. Il ne faut surtout pas oser manger sans lui et encore moins toucher sa planche de surf. Il faut être son objet sexuel, et quand je parle d’objet, c’est au sens propre. Ces pauvres filles ne deviennent ni plus ni moins que des sextoys. On est vraiment à la limite du viol, on est même carrément plus loin que la limite dans certains cas. Tout est calculé, chaque garçon a sa place dans la file d’attente qui mène vers la chambre ou vers l’arrière de la voiture. Ces filles doivent se soumettre à toutes ces règles sous peine de se faire larguer. Et je ne parle pas de séparations respectueuses, ces filles se font littéralement jeter, et même pas par leur surfeur attitré. C’est souvent une autre esclave, n'ayons pas peur des mots, qui doit faire le boulot à sa place. Alors, de notre canapé, on a envie de dire à ces filles qu’elles s’en foutent de se faire larguer, que c’est mieux comme ça. Le problème, c’est que ça signifie pour elle l’éviction du groupe également. La fin de toute vie sociale, de tout lien avec les autres, c’est une exclusion en bonne et due forme. Ça peut paraitre futile, mais c’est quasiment une question de vie ou de mort pour elles, tant cet effet de groupe est plus efficace qu’une lobotomie. La menace d’être exclue du groupe et de perdre toute popularité pèse sur chaque geste de ces filles. Ces gars doivent être traités comme des dieux, un point c’est tout; et ça va parfois effroyablement loin.

L’arrivée de Debbie et Sue va chambouler un peu tout ça, puisqu’elles ont leur amitié à elles. Elles n’étaient déjà pas seules avant de rejoindre la bande. C’est cette force qui va les empêcher de sombrer totalement dans la servitude et le culte de la personnalité. Ça ne se fera pas non plus tout seul, il va falloir quelques éléments déclencheurs, mais leur amitié et leurs tempéraments explosifs vont changer la donne. Un contact Twitter avait lancé la question des amitiés les plus fortes à la télé, je n’avais pas encore vu Puberty Blues à ce moment-là, mais si on me posait la question aujourd’hui, celle-ci serait vraiment l’une des premières que je citerais. C’est une amitié pure et fusionnelle. Disons que c’est une amitié à la Heavenly Creatures sans tout le glauque qui va avec. Une des grandes réussites de la série.

 

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On réalise très tôt dans la série que les jeunes ne seront pas les seuls héros de la série, les adultes y tiennent une place très importante et j’ai eu l’impression de me retrouver devant des séries comme Everwood ou Gilmore Girls. Je ne dis pas que ces séries partagent le même ton, c'est vraiment pas le cas, mais elles ont toutes trouvé un excellent équilibre entre les histoires des ados et les histoires des plus âgés. Ici, ils ne cherchent pas à plaire qu’aux jeunes filles en abusant d’histoires d’amour mièvres et d’intrigues sans intérêt, ils cherchent à donner de la matière à tout le monde. Et franchement, ils y arrivent plutôt très bien. Puberty Blues, c’est aussi une belle analyse du couple, des difficultés que rencontrent les époux, qu’elles soient graves ou plus légères. Et pour servir cette analyse, la série s’appuie sur trois couples mariés très différents.

Les parents de Sue sont un peu les parents baba cool, ils s’inquiètent difficilement et laissent une liberté importante à leur fille. C’est un peu les parents rêvés de tous les adolescents, j’imagine. Le couple parfait. Ils s’aiment toujours comme des gosses et se fichent pas mal de ce que pensent les autres. Ils prennent la vie du bon côté et rient sans peine des difficultés de la vie. Ils ne perdent pas pour autant de vue leurs devoirs de parents. On peut parfois penser qu’ils n’en font pas assez, on pourrait même les accuser de laxisme par moment, voire d’irresponsables, mais la saison nous réserve plusieurs surprises les concernant.

Les parents de Debbie, eux, sont à l’opposé. Sans cesse inquiets et stricts, ils exercent leur amour pour leurs enfants différemment. Entre ça et leur vie professionnelle bien remplie, ils se sont petit à petit perdus de vue, la flamme commence à s’éteindre et ils s’en rendent tous les deux compte. Tétanisés, incapables de faire quoi que ce soit pour arranger les choses, ils s’enfoncent tous les deux dans un cercle vicieux, alors que nous, téléspectateurs, on voit bien que tout n’est vraiment pas perdu. Contrairement au foyer de Sue, où tout le monde parle de tout, chez Debbie, on ne parle de rien. Ou alors, on élude la moitié des choses. On s’enfonce dans le malheur. C’est extrêmement touchant de voir ces deux handicapés des mots tenter de recoller les morceaux et c’est ce qui donnera à la série quelques-unes de ses scènes les plus fortes.

Et enfin, les parents de Gary, l’un des surfeurs. Eux, eh bien, c’est le stade supérieur. Le malheur n’est pas à l’horizon, il est déjà là et il les bouffe. Yvonne aime son mari, Ferris, elle ne peut rien faire sans lui. Mais comme il n’est jamais là, elle s’enfonce dans la solitude sous les yeux de son fils qui préfère s’évader en allant surfer, plutôt que de la voir sombrer. Puis quand Ferris est là, on se demande si ce n’est pas pire. Le bonhomme étant à la limite d’être violent, la peur s’installe au sein du foyer et la moindre respiration de travers peut mettre le feu aux poudres.

Ce qui est vraiment intéressant, c’est que ces trois couples vont connaitre une vraie évolution tout au long des huit épisodes. Leurs histoires ne sont pas là juste pour faire joli pendant que les ados s’amusent (ou pas), elles ont une réelle place dans la série et nous offrent un éventail très pertinent et touchant des difficultés que peuvent rencontrer un couple, que ce soit dans leur histoire d'amour ou dans l’éducation des enfants. C’est en ça aussi que Puberty Blues se démarque des autres séries d’ados. Les parents ne sont pas là que pour faire à manger et pour expliquer que le sexe, c’est mal. Sans parler de certaines séries américaines où les parents sont carrément absents.

Par son réalisme sur le couple, sur la recherche de l’identité chez l’ado, par ses dialogues crus et ses scènes parfois choquantes, Puberty Blues est pour moi une vraie réussite. La série a d’ailleurs décroché pas moins de six nominations aux AACTA Awards qui seront remis en janvier, dont une pour le Meilleur Drama et une autre pour Ashleigh Cummings dans la catégorie Meilleur premier rôle féminin dans un Drama. D'ailleurs, dans cette dernière catégorie, le duel entre Ashleigh Cummings et Essie Davis est plutôt marrant, étant donné qu’elles sont toutes les deux partenaires dans Miss Fisher’s Murder Mysteries. J’adore Ashleigh, mais si Essie Davis ne gagne pas, je ne réponds plus de rien !