Eh bien voilà, la semaine québécoise est officiellement lancée sur le blog après avoir fait un peu de teasing sur Twitter. Bon, le mot “semaine” sera à prendre avec beaucoup d’ouverture d’esprit puisqu’encore une fois, j’ai eu les yeux plus gros que le ventre, et il me paraît impossible de boucler mon programme en seulement sept petits jours. Et puis, ma semaine commence le dimanche aussi, parce que voilà, je le sentais mieux comme ça.

Vous savez peut-être que la minisérie Apparences m’a beaucoup marqué en 2012, il était donc assez naturel que je me penche sur l’autre création de Serge Boucher, Aveux,  diffusée en 2009 sur la même chaîne. Un choix naturel, mais à double tranchant aussi puisque, évidemment, le piège de la comparaison avec Apparences me pendait au nez. Mais bon, en même temps, Serge Boucher plus Famille Dysfonctionnelle, j’aurais été bien stupide de ne pas tenter. Le premier qui dit que je suis stupide, je le mords, je prends son adresse IP et je lui envoie un virus Poussin Piou version Disco, d’accord ? Bon, du coup, commençons.

 

Bannière Aveux

 

Le jour de ses 18 ans, Carl Laplante quitte sa famille et ses amis sans explication et décide de ne jamais revenir. Pendant 15 ans, ses parents adoptifs Charles et Pauline, et sa soeur Jolianne seront sans nouvelles de lui, jusqu’au jour où il se retrouve face à face avec Olivier, son meilleur ami de l’époque. Carl s’appelle désormais Simon, il est marié, et sa famille aurait disparu dans un incendie quand il était jeune. Son ancienne vie est morte pour lui, il ne veut pas l’affronter. Il n’aura pourtant pas le choix.

Tout semble aller pour le mieux au début du premier épisode, Simon paraît heureux, entouré de sa femme et de sa belle famille. Du côté des Laplante, Charles et Pauline continuent d’aller danser tous les samedi soirs et s’aiment comme des ados, tandis que Jolianne a peut-être trouvé l’homme de sa vie après avoir fréquenté un homme marié pendant plusieurs années. Mais rapidement, le malaise s’installe chez tous les personnages. Simon sent que ses secrets sont menacés, Pauline est curieusement mal à l’aise quand le prénom de Carl est prononcé, Charles est dévasté à l’idée de ne jamais revoir son fils et Jolianne nage dans l’incompréhension. Mais tous se murent dans le silence et le déni, la technique de l’autruche étant beaucoup plus rassurante, et surtout, bien moins douloureuse. Il faudra l’intervention de trois personnes extérieures à la famille Laplante pour que toute cette histoire implose et que chacun se mette à rechercher la vérité.

Il y a tout d’abord Micheline qui vivait, avec son mari Jean-Pierre, dans la maison voisine de celle des Laplante. Les deux couples s’étaient liés d’amitié et partageaient tout ou presque. Puis un soir, alors que rien ne le laissait présager, Jean-Pierre se suicide, laissant sa femme brisée. La réapparition de Simon/Carl va la pousser à reprendre contact avec ses anciens amis. Le passé commence alors à rattraper Pauline qui semble visiblement en savoir bien plus qu’elle ne le prétend.

Vient ensuite Luc, le compagnon de Jolianne, qui va se saisir de l’affaire, tel un Hercule Poirot bas de gamme. On a d’ailleurs beaucoup de mal à saisir l’intérêt qu’il a à agir de la sorte. Il est odieux, moqueur et jette de graves accusations dans tous les sens. C’est un personnage franchement antipathique. Manquant cruellement de tact, il n’hésite pas à poser des questions extrêmement personnelles bourrées de sous-entendus et ne ménage pas Jolianne avec des insinuations malsaines sur sa famille. Son personnage est certes indispensable puisqu’il va bousculer la fausse tranquillité qui règne chez les Laplante, mais on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi il fait ça et on n’aura malheureusement jamais de réponse. Je vais d’ailleurs retrouver son interprète, Steve Laplante, dans la série suivante, j’espère que ça ne me l’aura pas définitivement “cassé”.

Et enfin, il y a Brigitte, la femme de Simon/Carl à qui on voudrait décerner toutes les médailles de la Terre. Furieuse de découvrir que son mari n’a fait que lui mentir pendant des années, elle va pourtant le pousser à dévoiler son passé et tenter de l’aider à guérir. Ce n'est pas non plus par pur altruisme qu'elle fait ça. Les bases de sa relation avec Simon viennent de tomber en miettes, elle a besoin de connaître le fond de l'histoire pour savoir si, oui ou non, un avenir avec lui est possible. La découverte de son mensonge a remis en question la confiance qu'elle lui accordait et qui s'était construite au fil des années. Elle a besoin de savoir si son mari jouait un jeu et s'il ne mentait pas aussi sur son amour pour elle.

 

Aveux2

 

On retrouve dans Aveux le grand thème de la quête d’identité qui semble cher à Serge Boucher. Trouver qui l’on est quand notre vie n’a été qu’un puits sans fond de mensonges et de secrets et quand nos racines n’ont cessé d’être arrachées, il est là, le centre névralgique de la minisérie. Puisque oui, tout au long des épisodes, on va assister à des révélations qui vont nous mener à la vérité, mais parallèlement à ça, c’est tout un travail de reconstruction que Simon va devoir accomplir. Le mot “travail” est même trop faible, c’est une véritable épreuve, une tâche titanesque qui n’épargnera pas grand-chose à tous les personnages concernés de près comme de loin.

D’ailleurs, il faut vraiment souligner le travail impeccable d’écriture, j’ai rarement vu une intrigue aussi maîtrisée du début à la fin. Les premières révélations arrivent très tôt, on se demande alors s’ils n’ont pas grillé leurs cartouches trop rapidement, si l'on ne va pas s’ennuyer par la suite, et il n’en est vraiment rien. Chaque couche de secrets en cache une autre, ce qui rend l’atmosphère asphyxiante et presque insupportable. Insupportable en bien, qu’on soit d’accord, c'est tout le côté maso de l'affaire. Petit à petit, on comprend que Simon n’est pas le seul qui va devoir guérir, mais si lui n’y arrive pas, personne ne le pourra. Les dommages collatéraux du mensonge peuvent être destructeurs. Les questions sans réponses, l’incompréhension, l’ignorance, les malentendus, les non-dits, peuvent anéantir la vie d’une personne et parfois même, la pousser à commettre l'irréparable.

Il est tellement compliqué de parler d’Aveux sans révéler les éléments essentiels de l’intrigue, je ne peux que vous encourager, même vous supplier d’y jeter un oeil. Alors oui, il y a ce fameux accent québécois qui n’est en aucun cas un obstacle, un peu de calme et de concentration et vous comprendrez absolument tout. Enfin presque, j’avoue qu’il y a une scène avec une sorte de SDF que je n’ai absolument pas comprise, je me suis contenté de faire genre j’avais tout pigé et ça n’a pas gêné la suite de la série. On partage la même langue et le Québec fait tellement de perles télévisuelles que ce serait vraiment dommage de s'arrêter devant un obstacle aussi futile.

Serge Boucher a presque frappé plus fort avec Aveux qu’avec Apparences, mais les deux miniséries sont d’une telle qualité qu’elles sont devenues pour moi des incontournables. Je n’ai qu’une hâte, c’est de voir prochainement sa troisième création télévisuelle, Autopsie.

Mais pour le moment, place à la suite avec une série qui devrait totalement me faire changer d'air. Pour avoir vu les trois premiers épisodes, j'entends déjà sa bande originale résonner à mes oreilles et je suis impatient de m'y remettre, mais ceci est une autre histoire que je ne manquerai pas de partager bientôt.