Comme je n’ai peur de rien et que je suis décidé à mener cette parenthèse québécoise jusqu’au bout, j’ai choisi pour cette quatrième étape de me pencher sur un cop show, comprenez “série policière”. C’est un genre qui m’ennuie au plus haut point, les épisodes à enquêtes et les personnages qui stagnent pendant 10 saisons, très peu pour moi. J’ai même pris la très mauvaise (ou très intelligente, selon les points de vue) habitude de ne même plus essayer les pilotes de ces séries-là. J’ai donc lancé 19-2 très prudemment, en pensant que j’allais peut-être perdre 40 minutes de ma vie. Mais bon, je suis comme ça, moi, j’aime prendre des risques dans la vie pour la science et la gloire.

 

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L’avantage, quand on lance une série comme ça, sans rien savoir ou presque de son pitch, c’est qu’il y a toujours un minimum de surprise. En l’espèce, la surprise a été assez importante, puisque je me suis rendu compte que 19-2 était plus un ensemble show qu’une série policière classique. Si vous avez lu mon billet sur Chicago Fire, vous savez que je suis assez fan du genre (Sinon, si ça vous dit, vous pouvez toujours suivre les tags en fin de billet). Les ensemble show sur les flics ou les médecins, vous pouvez en envoyer, j’en mange souvent et sans problème. J’idolâtre – peut-être un peu trop – ER et Third Watch et j’avoue sans honte avoir regardé plusieurs échecs, comme The Unusuals et Mercy. Mais au final, je n’avais vu que des séries américaines jusqu’ici. Enfin, j’ai bien regardé quelques épisodes de PJ quand j’étais jeune et naïf, mais on va dire que ça ne compte pas.

Bref, tout ça pour dire que si le métier de flic ou de médecin n’est qu’un prétexte pour voir évoluer des personnages ayant atteint le PMR (Potentiel Minimum Requis), j’achète et je ne revends que si c’est vraiment mauvais, ce qui arrive quand même fréquemment.

Dans 19-2, on entre dans l’intimité d’une brigade de patrouilleurs de Montréal par l’intermédiaire de deux policiers. Il y a tout d’abord Chartier qui arrive tout droit de la campagne et qui se retrouve associé à Berrof, qui lui, revient tout juste d’un long congé après qu’un évènement traumatisant ait frappé son ancien équipier et lui. Alors, je vous préviens tout de suite, on va découvrir cet évènement dès les premières minutes du pilote et il va annoncer directement la couleur de la série. Je peux vous dire que ça met dans d’excellentes conditions. Une série qui nous offre une telle scène ne peut véritablement pas être mauvaise.

Tout au long des épisodes de cette première saison, la série va évidemment se pencher sur cette association imposée de Berrof et Chartier. Le premier ne veut pas avoir de partenaire et le fait bien sentir au second qui a quand même quelques années de métier derrière lui et n’a rien demandé à personne. Les deux policiers ont du mal à se comprendre, à comprendre les réactions de l’autre, et surtout, à se faire confiance. On peut sans aucun doute mettre ces problèmes sur le dos de leur passé, puisque tous les deux trainent de lourds bagages qui interagissent inévitablement avec leur vie professionnelle.

A ce propos, la forme de la série peut parfois gêner. Elle fait souvent le parallèle entre certaines interventions et le passé des patrouilleurs et essaie de se différencier en utilisant autre chose que l’éternel filtre teinté pour effectuer les retours dans le temps, mais ce n’est pas toujours très réussi. Les flashbacks et autres artifices - que je ne peux vous dévoiler sans spoiler une bonne partie d’une des intrigues - ne sont pas très bien intégrés. Notre boussole s’emballe et il nous faut quelques secondes pour arriver à situer la scène dans le temps et l’espace. On finit par s’y habituer, une fois que l’on est plus familiers avec le passé des personnages et que l’on commence à connaitre la série, mais au bout de 8 épisodes, il arrive encore que je me perde dans la chronologie de l’épisode.

 

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On va donc suivre les différentes interventions de Chartier et Berrof. Elles seront parfois déchirantes, parfois terrifiantes, et parfois drôles. C’est ce mélange qui fait la réussite de la série et qui fait d’ailleurs la réussite de toutes les bonnes séries de ce genre. On assiste à tout, les bons moments, comme les mauvais. On peut enchainer une intervention musclée durant laquelle une femme se fait violemment maltraiter par son mari et une intervention où une femme manquera de mourir d’hypothermie en tentant de voler une dinde congelée. On pourra également assister à une grande beuverie entre les membres de la brigade, alors que quelques heures plus tôt, l’un d’eux frôlait la mort lors d’une arrestation. Et, comme c’est un ensemble show et que Chartier et Berrof ne sont pas les seuls patrouilleurs, on aura l’occasion de faire la connaissance de leurs collègues. Si la plupart sont encore trop en retrait à mon goût, ils ont tous une histoire individuelle intéressante. De l’alcoolisme, en passant par des problèmes de violences domestiques et de béguins délicats, c’est une brigade vivante, un cocktail de personnalités parfois explosif dans lequel les égos se heurtent sans pour autant entacher l’esprit de fraternité qui y règne.

Je dois avouer cependant que la série connaît quelques problèmes de rythme. Après une séquence formidable où l’on ne perd pas une miette de ce qui est en train de passer, il n’est pas rare que l’on tombe soudainement dans l’ennui. Alors, comprenez-moi bien, je ne demande pas de l’action non-stop pendant 40 minutes, au contraire, mais tout est une question de dosage. L'un des épisodes est carrément coupé en deux. Pendant les vingt premières minutes, tout va très vite, on s’accroche, on s’essouffle, on adore, puis c'est la catastrophe, quand tout s’arrête, plus rien ne se passe et l’on assiste douloureusement aux vingt dernières minutes qui s’attardent sur des intrigues molles et peu intéressantes. On ressort de l’épisode mitigé alors qu’avec un équilibre plus travaillé, l’épisode aurait pu être excellent.

19-2 est donc un bon ensemble show, il dépeint des tranches de vie touchantes, effrayantes et cocasses, mais la marge de progression est bel et bien là. Si la série laisse un peu plus de place à ses personnages secondaires et si elle arrive à équilibrer ses épisodes, elle deviendra sans aucun doute un petit bijou télévisuel. On n’en est pas encore là, mais c’est largement réalisable. A noter que la chaine canadienne CBC vient de commander un remake en anglais qui sera visiblement quasi-identique. En gros, on ne change rien, juste la langue. Si comme moi, vous ne voyez pas trop l’intérêt artistique de l’exercice, levez la main. Enfin bon, j’y jetterai sûrement un œil, par curiosité, mais je suis plus que dubitatif.

PS : C’est la dernière semaine de ma semaine québécoise, alors profitons-en ! (Oui, mes semaines font plusieurs semaines, je reste jeune plus longtemps, comme ça.)